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Dix ans après : où en est l’éducation au Bénin ?

July 26, 2026

educationbenindata

En août 2016, les résultats aux examens nationaux avaient provoqué une forte inquiétude au Bénin : environ 39 % de réussite au CEP, 16 % au BEPC et 30 % au BAC. Le genre de chiffres que l’on relit deux fois, dans l’espoir d’avoir mal lu.

À l’époque, j’avais publié un billet sur l’état du système éducatif béninois. J’y évoquais le suivi parental, la pauvreté, la formation des enseignants, les grèves, les infrastructures et les difficultés liées aux programmes scolaires.

Le texte se terminait par une question :

Faut-il espérer un revirement avant 2020 ou laisser place à la fatalité et admettre que le tiers est notre limite ?

En 2019, la rupture apparaissait enfin : le taux de réussite au BAC atteignait 50,09 %. La barre des 50 % n’avait plus été franchie depuis l’année scolaire 1972-1973, selon la série historique de l’Office du Baccalauréat.

Ma question avait donc assez mal vieilli. Pour une fois, je ne m’en plains pas.

Le tiers n’était pas notre limite.

Une progression durable

Depuis, la hausse s’est maintenue malgré quelques replis. Le taux national a atteint 64,40 % en 2021, puis un record de 73,02 % en 2025. En 2026, il s’établissait encore à 66,78 % (Office du BAC, SRTB 2025, SRTB 2026).

Plus important, la progression concerne tous les départements. Depuis 2021, presque tous se situent régulièrement au-dessus de la barre des 50 %. En 2025, le taux le plus faible atteignait 60,55 % dans l’Alibori, contre 78,13 % dans l’Atlantique. Les écarts territoriaux demeurent, mais cette amélioration généralisée suggère des changements à l’échelle du système.

Évolution du taux d'admission au BAC

Bénin, 2008–2026. La bande grise représente la fourchette entre les départements.

National
Atlantique
Littoral
Mono
Couffo
Tous les dép.

Source : Office du Bac, Bénin

La tentation est grande d’y voir la preuve que les élèves sont devenus meilleurs ou, à l’inverse, que le BAC est devenu plus facile.

Toutefois, le taux de réussite seul ne permet pas de trancher. Il dépend du niveau des candidats, de la difficulté des épreuves, des pratiques de correction, de la préparation reçue et du profil des élèves qui atteignent la terminale. La durée et l’étendue géographique de la progression conduisent cependant à examiner ce qui a changé dans le système éducatif au cours de cette période.

Des années scolaires plus stables

Le premier changement est simple : les élèves ont bénéficié de davantage de semaines complètes de cours.

L’année scolaire 2017-2018 avait été profondément perturbée par les grèves. Le calendrier avait dû être réaménagé et prolongé jusqu’au 31 juillet. À la reprise, certains établissements ne savaient toujours pas précisément quelle part du programme avait été couverte, rapportait alors La Nation. La situation n’avait, à l’époque, rien d’exceptionnel. Cette année-là, le taux de réussite au BAC était retombé à 33,43 %.

Quelques mois plus tard, la loi no 2018-34 du 5 octobre 2018 limitait l’exercice du droit de grève à dix jours par an, sept jours par semestre et deux jours par mois. Son article 13 précisait également que toute cessation de travail au cours d’une journée comptait comme un jour entier de grève.

Cette restriction a fortement réduit la marge d’action des syndicats et suscité une vive contestation. Bien qu’elle soulève des questions sur les droits syndicaux, son effet sur le calendrier scolaire est néanmoins direct: les interruptions prolongées devenaient beaucoup plus difficiles. L’année suivante, au terme d’une année scolaire plus stable, le taux national au BAC franchissait la barre des 50 %.

Chacun peut apprécier le poids à accorder à cet enchaînement. À mes yeux, la continuité retrouvée des enseignements constitue probablement l’une des explications les plus immédiates du tournant observé en 2019.

Dans le prolongement de cette recherche de stabilité, le gouvernement a développé le dispositif des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME) à partir de l’année scolaire 2019-2020.

En 2023, près de 30 000 aspirants étaient déployés dans le primaire, le secondaire et l’enseignement technique. Plus de 2 000 enseignants avaient également bénéficié d’une formation pédagogique. L’année suivante, 2 431 nouveaux enseignants ont été recrutés pour le primaire, avec l’objectif affiché d’avoir un enseignant par classe.

Dans une communication officielle, Yves CHABI alors Ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, résumait la stratégie nationale en une formule « Enseignants qualifiés en nombre suffisant, gage d’une éducation de qualité ».

Le statut des AME demeure toutefois précaire. Leur situation s’est récemment améliorée avec l’extension de la rémunération aux douze mois de l’année, l’instauration d’une prime mensuelle et l’accès à l’assurance maladie, sans pour autant mettre fin aux revendications en faveur d’un statut pérenne. Leur déploiement a permis de mieux couvrir les besoins en enseignants ; il reste toutefois à consolider ce renfort par la formation et l’amélioration des conditions de travail.

Ce déploiement s’est également appuyé sur une meilleure connaissance des besoins. Lancé en 2018, EducMaster centralise progressivement les données relatives aux établissements, aux enseignants et aux apprenants, dans le public comme dans le privé, et les rend accessibles aux services concernés. La plateforme facilite l’organisation des examens, le suivi des parcours et l’affectation du personnel.

Lire, écrire, compter, … et rester à l’école

Au primaire, la révision des programmes de français et de mathématiques répondait à un constat ancien : des contenus trop complexes, trop ambitieux et difficiles à enseigner.

Après une expérimentation dans 36 écoles, les nouveaux programmes du CI ont été généralisés à la rentrée 2021-2022, tandis que ceux du CP entraient en phase pilote. Le gouvernement résumait la réforme en trois verbes: lire, écrire et compter.

Pendant la même période, les cantines scolaires se sont développées. Leur couverture est passée d’environ 31 % des écoles primaires publiques en 2017-2018 à plus de 75 % en 2023-2024. En assurant un repas quotidien, le programme s’attaque à des obstacles très concrets : la faim en classe, l’absentéisme et l’abandon précoce. Le gouvernement indique également avoir construit environ 8 000 salles de classe et réhabilité 3 000 autres au primaire depuis 2016.

Ces réformes n’expliquent pas les résultats récents du BAC : les premières cohortes concernées n’ont pas encore atteint le secondaire. Les prochaines années diront si ces élèves accumulent moins de lacunes au fil de leur scolarité, s’ils sont plus nombreux à atteindre la terminale et si leur taux d’admission au BAC progresse.

Le nombre de candidats au BAC diminue

La progression des taux d’admission doit être lue en parallèle avec un autre chiffre: celui des inscriptions.

En 2016, 115 322 élèves étaient inscrits au BAC. Ils n’étaient plus que 77 101 en 2026, soit une baisse de 33,1 % en dix ans.

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Que recouvre cette diminution ? Une partie vient probablement de la réussite elle-même : davantage d’admis signifie moins de candidats revenant après un échec. En 2022, le directeur de l’Office du Baccalauréat qualifiait ce phénomène de « sédimentation » dans La Nouvelle Tribune. L’explication vaut pour les variations annuelles, moins pour une baisse d’un tiers en dix ans.

Il faut aussi regarder ce qui se passe en amont du BAC. En janvier 2017, l’accès à la seconde dans l’enseignement général a été soumis à deux conditions cumulatives : obtenir le BEPC et terminer la troisième avec une moyenne annuelle d’au moins 10/20. Le gouvernement assumait alors son intention de « réguler les flux » vers le second cycle, selon les capacités d’accueil, et d’orienter davantage d’élèves vers la formation professionnelle (décision DCC 17-103 de la cour constitutionnelle).

Les premières cohortes concernées ont atteint la terminale autour de 2020, au moment où la baisse des candidatures s’est accélérée. Cette année-là, la règle a été assouplie : le BEPC ou une moyenne annuelle de 10/20 suffisait désormais pour passer en seconde (La Nation). À partir de 2023, les effectifs ont cessé de chuter et se sont stabilisés entre 75 000 et 80 000 candidats. Cette chronologie donne du poids à l’hypothèse d’un effet de la règle de 2017.

Le contrôle des candidatures a pu renforcer cette sélection. Dès 2015, l’attestation du BEPC était devenue obligatoire dans les dossiers du BAC (La Nation).

Les résultats actuels peuvent ainsi refléter deux évolutions simultanées : une meilleure préparation, favorisée par la stabilité des cours et le recrutement d’enseignants, et une sélection plus forte avant l’examen. Une partie de la progression s’est peut-être jouée plusieurs années avant le BAC.

Le bilan après dix ans plus tard

Plusieurs problèmes relevés en 2016 ont reçu des réponses concrètes : stabilisation du calendrier scolaire, recrutement de milliers d’enseignants, révision des programmes et extension à grande échelle des cantines scolaires. La progression durable des résultats au BAC, dans tous les départements, témoigne d’une évolution réelle du système éducatif béninois.

Des fragilités persistent toutefois. En 2024, le profil éducatif publié par l’UNESCO-IICBA estimait à 56 % la pauvreté des apprentissages : plus de la moitié des enfants de dix ans ne pouvaient pas lire et comprendre un texte adapté à leur âge. Seuls 35 % des filles et 39 % des garçons achevaient le premier cycle du secondaire.

Le prochain bilan devra donc porter sur l’ensemble du parcours : les acquis des élèves, le passage du primaire au secondaire, le maintien des filles à l’école, l’achèvement des cycles et les possibilités offertes après le diplôme.

Le tiers n’est pas notre limite.